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Entretien avec Axel Decourtye

25-11-2018

Les abeilles, des ouvrières agricoles à protéger


Les abeilles sont au cœur du défi actuel de l'agriculture : améliorer les bénéfices des processus écologiques pour moins dépendre des produits chimiques. Ce livre a pour but d'éclairer le débat par un état des lieux des connaissances. Il démontre également que face à l'urgence de changer radicalement de pratiques, des mesures concrètes issues de la concertation entre scientifiques, apiculteurs et agriculteurs permettent d'enrichir la flore et de réduire les risques d'intoxication des abeilles. Auteur : Axel Decourtye, Directeur scientifique et technique de l'ITSAP-Institut de l'abeille.




Cinq néonicotinoïdes sont désormais interdits. Pourquoi sont-ils aussi dangereux pour les abeilles ?


Depuis l'apparition de ces produits dans les années 1990, on sait qu'ils sont très toxiques pour les abeilles. À haute dose, ils peuvent entraîner leur mort. Mais, même à faible dose, ils peuvent désorienter les abeilles. Celles qui y sont exposées en allant butiner ne retrouvent pas le chemin du retour vers la ruche. Or, une butineuse qui ne peut pas revenir à la ruche est condamnée. De plus, ces produits ont une très forte rémanence dans l'environnement. Ils sont présents longtemps dans les sols et on peut en retrouver des traces sur des


fleurs non traitées.


 

D'autres menaces continuent de peser sur l'avenir des abeilles…


Oui, aujourd'hui, une abeille doit faire face à trois menaces au cours de sa vie : les cocktails de pesticides, le verroa (un acarien qui se nourrit du sang des abeilles et leur transmet des virus) et des périodes de disette alimentaire en raison du manque de fleurs dans les environs. L'interdiction des néonicotinoïdes est un symbole mais les abeilles sont encore exposées à de nombreux insecticides. Or, tout insecticide est fabriqué et utilisé par l'homme pour tuer les insectes. Comme l'abeille est un insecte, n'importe quel insecticide est un tueur potentiel d'abeilles.


Plusieurs syndicats agricoles ont manifesté leur mécontentement suite à l'interdiction de ces produits. Quelle relation d'interdépendance existe-t-il entre les agriculteurs et les abeilles ?


C'est dommage de regarder les relations entre agriculteurs et abeilles uniquement par le prisme des néonicotinoïdes, car cela donne l'impression que ce sont deux mondes en opposition alors que c'est tout le contraire. Les abeilles ont besoin de l'agriculture : plus de 50 % du miel provient de plantes cultivées. De même, les abeilles sont utiles aux agriculteurs pour leur production. Un tiers de notre alimentation dépend de la pollinisation par les insectes. Et puis, l'avenir de l'agriculture, c'est l'agroécologie, c'est-à-dire une agriculture qui repose non plus sur des intrants chimiques, mais sur des régulations écologiques. Parmi celles-ci, il y a forcément la pollinisation.


Les abeilles sont-elles vraiment menacées d'extinction aujourd'hui ?


Les abeilles sauvages, oui. Dans certains pays européens, 40 % des espèces d'abeilles sauvages sont menacées de disparition. En revanche, ce n'est pas le cas pour les abeilles domestiques puisqu'elles sont élevées par l'homme, même si les apiculteurs doivent renouveler fréquemment leurs colonies en raison de haut taux de mortalités chez leurs abeilles.


Quelles seraient les conséquences de la disparition des abeilles dans nos vies quotidiennes et sur la biodiversité ?


La première répercussion serait sur notre alimentation. Prenons l'exemple du petit-déjeuner. Sans abeilles, il n'y a plus de café, de cacao, de miel, de confitures… Même le lait et le beurre seraient de moindre qualité car ils proviendraient de prairies sans fleurs. La disparition des abeilles risquerait de réduire notre alimentation et notre bien-être. Elle aurait également des conséquences sur la biodiversité puisque 80 % des plantes sont dépendantes de la pollinisation. Il en va de même pour les insectes auxiliaires qui ont besoin des fleurs, et donc des insectes pollinisateurs, pour s'alimenter.